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L'Union pour la Méditerranée lancée le 13 juillet dernier à Paris

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Henri Guaino : L’Union pour la Méditerranée est un combat. Nous le mènerons jusqu’au bout !

Bruxelles (06/05/2009)

L’Union pour la Méditerranée est en panne suite à l’invasion de Gaza, fin 2008, et l’avis général est que son avenir est sérieusement compromis.

Son initiateur, Henri Guaino, Conseiller spécial du Président de la République et Chef de la Mission interministérielle de l’Union pour la Méditerranée, continue pourtant d’y croire. Sa foi est inébranlable même sachant que la tâche ne sera pas facile.

Pour l’exprimer, il opte pour la confrontation directe avec les « esprits étriqués » qui doutent de la validité de l’ambitieux projet. « L’Union pour la Méditerranée est un combat. Ce combat nous le mènerons, jusqu’au bout! C’est un combat juste. C’est un combat nécessaire. Ceux qui sont responsables de l’échec de Barcelone sont les plus mal placés pour donner des leçons ».
 



Pour illustrer cet engagement, la meilleure référence est sans doute celle du discours qu’il a prononcé le 28 mars dernier, en clôture de l’édition 2009 du Forum de Paris que des fidèles lecteurs nous ont renvoyé réparant une omission de notre part et une lacune de la presse parisienne. Les journalistes sont, eux aussi, épinglés dans cette surprenante expression d’une forte conviction.

Il nous a semblé utile, avec l’aimable accord de M. Guaino, d’en reproduire le contenu dans les pages de MedAfrique.

A retenir d’emblée, l’annonce par M. Guaino qu’une « initiative politique forte pour relancer le processus diplomatique » sera lancée « dans les mois qui viennent ». Nous l’avons déjà écrit : M. Guaino a l’espoir de réunir dans les prochaine semaines une conférence ministérielle pour donner un nouveau souffle à l’UpM.

Les deux co-présidences saisiront-elles cette chance pour redonner de la vie au processus ? Nous sommes désormais convaincus de cette nécessité: il faut repenser le projet d'Union pour la Médierranée. Nos lecteurs le pensent aussi.

(F.B'Chir)

Dans son discours, M. Guaino s’est d’abord adressé « à tous ceux qui aiment la Méditerranée, qui l’aiment d’un amour à la fois passionnel et raisonné, d’un amour fou comme tous les vrais amours et lucide parce que la passion amoureuse ne rend pas aveugle, bien au contraire, et c’est pour cela qu’elle est si souvent aussi une souffrance.

« A tous ceux qui aiment la Méditerranée et qui souffrent de la voir dans l’état où elle est, A tous ceux qui se sentent méditerranéens par l’esprit et par le cœur, non pas forcément parce qu’ils y sont nés mais parce qu’ils se sentent les héritiers d’un incomparable legs de civilisation, parce que pour eux la Méditerranée est la source de ce qu’ils tiennent pour les plus hautes valeurs spirituelles, intellectuelles et morales de l’Humanité, A tous ceux là, je veux tenir aujourd’hui un langage de sincérité, de vérité.

« Mes chers amis, je veux vous parler en homme libre. Mon engagement auprès du Président de la République est un engagement d’homme libre, dont la parole et dont la pensée sont libres. Responsable, certes, parce que je sais que je n’engage pas que moi-même, mais libre parce que sans cette liberté mon engagement ne vaudrait rien, ne servirait à rien. A force d’être trop précautionneux, à force d’avoir peur des mots, d’avoir peur des idées, à force d’avoir peur de la vérité, on finit par parler pour ne plus rien dire. A quoi servirait-il que je m’adresse à vous pour ne rien vous dire. Je m’adresse à vous en homme libre pour vous dire ce que je pense, ce que je pense vraiment.

Crucial pour l’Europe, crucial pour tous les peuples de la Méditerranée, crucial pour l’Afrique

« Je m’adresse en vous en homme de conviction parce que ce qui se joue en Méditerranée est crucial, crucial pour l’avenir d’une certaine idée de l’Homme et de la civilisation, crucial pour la paix, crucial pour la France, crucial pour l’Europe, crucial pour tous les peuples de la Méditerranée, crucial pour l’Afrique, crucial pour l’humanité toute entière. Nous sommes dans un moment historique, avec un projet historique, face à des choix historiques.

« Beaucoup ne l’ont pas compris. Ils n’ont pas compris ce que nous voulons faire. Ils n’ont pas compris les enjeux de ce que nous voulons faire. Ce sont les mêmes qui sont absolument incapables de comprendre ce que sont des enjeux de civilisation, pas plus qu’ils ne sont capables de comprendre la profondeur et les enjeux de la crise actuelle. Ils ne sont absolument pas capables de comprendre qu’il puisse y avoir une dimension intellectuelle et morale à des problèmes politiques, diplomatiques, économiques, sociaux, environnementaux.

« Ils ne comprennent pas qu’à certains moments de l’Histoire toutes les volontés, toutes les énergies, toutes les intelligences doivent être tendues vers la transgression de l’ordre établi afin d’en établir renouveau intellectuellement et moralement plus acceptable. Ils sont enfermés dans leurs habitudes de pensée, dans leurs procédures, dans leur bureaucratie.
Ils vivent dans leur monde à eux, avec les règles qu’ils se sont eux-mêmes données, ils vivent entre eux, ils vivent pour eux, pour leur petit confort, pour leur petit pouvoir. Ils ne se sentent en rien responsables de ce qui se passe autour d’eux. Ils ne se sentent aucune responsabilité, ni politique, ce qui est normal, ni morale, ce qui l’est beaucoup moins, vis-à-vis des conséquences sur le sort des autres, des décisions qu’ils prennent. Ils sont accrochés à leurs textes, à leurs traités, ils trahissent l’esprit au nom de la lettre.

A tous ceux qui ne veulent pas entendre

« Ils ne bougent pas, ils ne bougeront pas quoiqu’il arrive. Le monde peut s’écrouler, ils sont comme le sage épicurien de Lucrèce qui regarde les bras croisés sans s’émouvoir le bateau qui fait naufrage, avec la bonne conscience de celui qui n’y est pour rien et qui par conséquent n’a pas à se sentir concerné. Rien n’est pire que la bonne conscience. La morale, cela commence avec le cas de conscience. Surtout qu’il leur arrive, pardon, assez souvent d’y être pour quelque chose. Nous vivons dans un moment où chacun devrait se sentir responsable non seulement pour lui-même mais pour les autres. Parce que si chacun ne se sent pas moralement responsable de ce qu’il fait et de ce qu’il dit, alors je vous le dis nous allons tous ensemble fabriquer quelque chose qui risque de ressembler à ce que nous avons connu de pire dans notre Histoire.

« Alors tous ceux-là, tous ceux qui ne veulent rien entendre, rien comprendre, qui ne se sentent aucune responsabilité morale, qui ne veulent pas bouger, qui ne veulent pas penser autrement, c’est contre eux qu’il faut se battre pour remettre de la politique en Europe, c’est contre eux que s’est construit le succès de la Présidence française de l’Union européenne, c’est contre eux que l’on a fait l’Union pour la Méditerranée, que l’on a résolu la crise géorgienne, que l’on a pu faire face en Europe à la crise bancaire ; c’est contre eux qu’il faut se battre pour que l’Union pour la Méditerranée continue de se faire, parce que l’Union pour la Méditerranée, si nous réussissons, ça changera tout et qu’ils veulent eux que rien ne change.

« Alors, j’entends bien les rumeurs, les mensonges, je vois bien les petites manoeuvres bureaucratiques, politiciennes, journalistiques pour essayer de discréditer ce projet qui dérange apparemment tant d’habitudes et de féodalités installées depuis longtemps, depuis trop longtemps ! Je le dis aux bureaucraties qui n’ont pas compris que la politique étrangère c’est d’abord de la politique.

« Je le dis aux journalistes qui font des articles sur l’Union pour la Méditerranée sans rien vérifier, sans téléphoner à ceux qui sont en charge du projet pour recouper leurs informations pour essayer de se construire le jugement le plus objectif possible.

« Je le dis aux diplomates qui prétendent que « ce projet prend l’eau », je cite, parce que le coeur de ce projet ce n’est pas la diplomatie mais la logique des projets, la logique des coopérations concrètes, le contraire de la logique administrative. Et parce qu’ils n’ont pas compris que l’on était sorti de Barcelone, parce que Barcelone tel qu’ils l’avaient géré, avait échoué !

« Je le dis à tous ceux qui ont cette délectation malsaine, oui malsaine, de l’échec soi-disant annoncé, de l’échec attendu, espéré. Je le leur dis : je ne lâcherai rien, le Président de la République ne lâchera rien, la France ne lâchera rien, et tous ceux qui en Europe, en Méditerranée, sur la rive Nord comme sur la rive Sud veulent que ce projet réussisse seront plus forts que leur résistance, plus forts que leur esprit étriqués, plus forts que leur bonne conscience. Ils n’y croient pas ? Et bien nous, nous y croyons ! Et nous nous battrons.

« L’Union pour la Méditerranée est un combat. Ce combat nous le mènerons, jusqu’au bout! C’est un combat juste. C’est un combat nécessaire. Ceux qui sont responsables de l’échec de Barcelone sont les plus mal placés pour donner des leçons.
Oui, l’Union pour la Méditerranée c’est difficile. C’est difficile parce qu’il y a des haines, parce qu’il y a des tragédies qu’il faut surmonter. Mais c’est justement parce qu’il y a ces haines, parce qu’il y a ces tragédies qu’il faut faire l’Union pour la Méditerranée. Oui, le drame de Gaza nous fait prendre du retard. Mais arrêtons-nous un instant sur ce retard. Les réunions diplomatiques sont suspendues. Quelques réunions ministérielles ont été reportées. L’installation du Secrétariat va demander un peu plus de temps. Mais rien ne s’est arrêté. J’observe d’abord qu’aucun Gouvernement n’a officiellement demandé cette suspension.

Nul n'a demandé la fin de l’Union pour la Méditerranée

« J’observe qu’aucun pays n’a demandé la fin de l’Union pour la Méditerranée, à l’exception de la Lybie dont il a échappé à quelques journalistes qu’elle n’en fait pas partie et aucun Gouvernement des pays membres n’a fait échos à cette demande. J’observe qu’au contraire tout le monde souhaite la reprise au plus vite des réunions diplomatiques et des réunions ministérielles. Mais je voudrais surtout dire à quel point l’affirmation selon laquelle la suspension des travaux diplomatiques signifierait que l’Union est en panne est révélatrice d’une incompréhension totale de ce qu’est l’esprit de cette Union, de ce qu’est sa raison d’être, de ce qu’elle a de radicalement nouveau par rapport aux expériences du passé.

« Il y a deux choses qui n’ont pas été comprises, ou qui n’ont pas voulu être comprises par ceux qui annonçaient déjà l’échec. La première, c’est que l’Union pour la Méditerranée à la différence de Barcelone, n’est pas la propriété de l’Europe, elle n’est pas la propriété des pays du Nord mais une copropriété entre le Nord et le Sud. Ah, c’est difficile de partager la responsabilité, de partager la décision. On était si bien à décider entre soi pour les autres. Et bien, c’est fini !

« Quand on me dit : « Avant de parler aux Egyptiens, il faut se mettre d’accord à 27 », je dis que c’est une trahison de l’esprit de l’Union pour la Méditerranée, un reniement de l’idée de coprésidence Nord-Sud. Et je dis que si l’on cède là-dessus, alors il n’y a plus d’Union pour la Méditerranée, il n’y a plus de coresponsabilité, il n’y a plus de copropriété, il y a le Nord qui impose ses vues au Sud et on revient à Barcelone ! Le véritable échec, il serait là, dans ce détournement de ce qui a été fait, de ce qui a été voulu, de ce qui a été proclamé le 13 juillet dernier par les Chefs d’Etat et de Gouvernement au Sommet de Paris. Non, la coprésidence du Nord n’est pas le porte-parole des intérêts du Nord. Non, la coprésidence du Sud n’est pas le porte-parole des intérêts du Sud.

« La coprésidence, c’est l’expression d’une destinée commune dans l’égalité des droits et des devoirs, dans la fraternité, c’est-à-dire dans le respect, la compréhension et la solidarité. C’est difficile à faire admettre, c’est difficile à inscrire dans les faits, dans les comportements, dans les mentalités ? Ce n’est pas grave. Ce combat en vaut la peine. On finira par y arriver. Si on renonce par avance à tout ce qui est difficile, on ne risque jamais de faire rien de grand.

Un combat dans l'intérêt de l'Europe

« Ce n’est pas un combat contre l’Europe. C’est le meilleur service que l’on puisse rendre à l’Europe, à sa stabilité, à sa prospérité. Il y a une deuxième chose que l’esprit bureaucratique a, de toute évidence, bien du mal à comprendre : c’est l’importance de la logique de projets. C’est le renversement radical qu’elle opère. Passer d’une logique administrative à une logique de projet c’est une révolution qui a du mal à passer chez certains. Mais c’est le coeur du projet de l’Union pour la Méditerranée.

« La logique administrative c’est celle qui consiste à se doter d’un budget et à réfléchir ensuite à la manière de le dépenser. La logique des projets c’est celle qui part des projets et qui ensuite cherche à mobiliser les ressources nécessaires pour les réaliser. C’est la logique de la vie normale. La logique de l’entrepreneur. La logique qui nous a fait sortir de la rareté, la logique qui nous a fait sortir de la préhistoire pour nous amener aux temps modernes. Je comprends que cette logique de la vie normale soit difficile à admettre pour ceux qui ne vivent pas dans le monde normal, pour ceux qui sont enfermés dans leurs bureaux et qui ne regardent jamais ce qui se passe dehors. Mais c’est avec les entrepreneurs que l’on construit l’avenir, pas avec les bureaucrates. Et pendant que les diplomates et les ministres ne se réunissent plus, les projets continuent. Et c’est ça le plus important.C’est là que l’Union pour la Méditerranée vit.

« C’est dans ce foisonnement de projets, d’initiatives, d’idées que l’Union pour la Méditerranée est vivante ! Parce que le pari de l’Union pour la Méditerranée c’est qu’en travaillant ensemble les peuples peu à peu se comprennent mieux, se respectent davantage et peut-être finissent par s’aimer.

« Oui, il y a des centaines d’experts, de fonctionnaires, d’acteurs de la société civile qui travaillent tous les jours sur des projets ambitieux qui avancent. Il y a la charte de promotion et de protection des investissements. Il y a la cour d’arbitrage méditerranéen. Il y a la coopération judiciaire. Il y a le centre de coordination méditerranéen de la lutte anti-drogue. Il y a la coopération en matière de sécurité civile. Il y a la reconnaissance mutuelle des diplômes. Il y a le centre méditerranéen de la recherche scientifique. Il y a l’Erasmus méditerranéen. Il y a l’agence des PME. Il y a le plan solaire méditerranéen avec 130 projets. Il y a la dépollution de la Méditerranée. Il y a la politique de l’eau avec 37 projets identifiés. Il ya les autoroutes de la mer avec 17 projets. Il y a l’observatoire de la rénovation urbaine. Il y a l’alliance méditerranéenne pour l’E-commerce. Il y a le projet des chemins de la sagesse qui réunit Français, Espagnols, Marocains, Israéliens, Palestiniens dans l’analyse d’une politique de tourisme. Il y a la mobilisation des sociétés civiles, des banques – regardez ce qu’ont fait dans la foulée de l’initiative de l’Union pour la Méditerranée la Caisse d’Epargne avec les banques des deux rives.

Regardez l’initiative INFRAMED de la Caisse des Dépôts. Il y a la mobilisation des collectivités locales avec leurs multitudes de projets. Il y a la mobilisation des organisations internationales, de la BEI, de la Banque mondiale, du Fonds mondial pour l’environnement. Il ya tous les moyens nouveaux qui sont prêts à s’investir en Méditerranée.

Le 30 avril, à l’initiative du Ministre RACHID, je coprésiderai avec lui à Alexandrie une réunion avec les bailleurs de fonds. Leur intérêt pour l’Union pour la Méditerranée, voilà ce qui est réellement important ! Et on commence à travailler sur d’autres projets encore, sur l’agriculture, sur la santé, sur les technologies de la communication, sur le développement urbain, sur la protection du littoral…

« On va ouvrir le chantier de la création d’une banque de la Méditerranée…

« Les bureaucrates ne comprennent pas. Ce n’est pas dans leur cadre, dans leur procédure, dans leurs habitudes. Tant pis ! Les journalistes ne s’y intéressent pas. Ce n’est pas assez spectaculaire. C’est beaucoup d’efforts à faire, beaucoup de temps à passer pour comprendre. Tant pis !

« Ce qui compte c’est que les sociétés civiles se sentent tellement concernées par cette initiative. Qu’aucune initiative politique n’ait autant recueilli l’adhésion des sociétés civiles, voilà l’essentiel. Ce qui compte c’est que l’Union pour la Méditerranée vive ailleurs que dans les bureaux. Alors on continue. On continue les projets. On continue à prendre des initiatives. Et la coprésidence prendra dans les mois qui viennent une initiative politique forte pour relancer le processus diplomatique.

La crise recèle un potentiel de coopération

La crise économique n’est pas un obstacle. Au contraire. C’est une opportunité parce qu’elle recèle un potentiel de projets, un potentiel de croissance immense dans un monde qui en cherche désespérément. Parce qu’elle rend de nouveau libre d’imaginer un autre avenir, un monde nouveau, un monde meilleur. Parce que grâce à la crise tout ira plus vite. Parce que la crise est l’occasion des remises en cause les plus radicales. Parce que c’est l’importance des défis qui fait la grandeur des aventures humaines. Les mêmes qui prédisent l’échec l’avaient déjà prédit pour le 13 juillet. Ils ont eu tort. Ils l’avaient prédit pour la réunion des Ministres des Affaires étrangères à Marseille le 4 novembre 2008. Ils ont eu tort. Une fois encore, ils auront tort. Nous construirons l’UPM sans eux. Nous la construirons contre eux s’il le faut. Mais nous la construirons.

« Nous la construirons avec les entrepreneurs, avec les artistes, avec les poètes, avec les créateurs, avec l’imagination, avec le courage de ceux qui voient loin, de ceux qui voient grand. Ils sont si nombreux autour de la Méditerranée que nous ne pouvons pas échouer. J’ai confiance dans la force qu’ils représentent. Au coeur de la pensée méditerranéenne depuis la plus haute antiquité, il y a l’image du labyrinthe. Permettez-moi de citer deux vers d’un grand poète Libanais, Salah Stétié : « L’homme cherche une lampe très antique à la main, la clé perdue dans l’herbe du labyrinthe ». La clé de l’avenir nous l’avons. A nous de nous en servir.

Vive la Méditerranée ! Vive l’Union pour la Méditerranée !

***

 (Le titre et les intertitres sont de la responsabilité de la rédaction)

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Repenser la Méditerranée ?

Fathi B'CHIR - MedAfrique

La publication du texte de Henri Guaino a suscité de nombreuses réactions. Nous nous félicitons de cette initiative et nous relevons avec intérêt les commentaires et les suggestions.Telle quelle, cette profession de foi, ne pouvait ne pas susciter les commentaires, ne pas nourrir le débat.

Le premier projet de l'Union pour la Méditerranée, présentée précisément comme une Union de projets, ne devrait-il pas avant tout - pédagogiquement - ouvrir la voie à la confrontation des idées, des visions et des façons de faire pratiques et politiques.
 

La relance de l'Union pour la Méditerranée ne se fera que grâce à la participation de tous.

Les co-présidences devraient limiter leurs rôles et leurs prérogatives aux seuls aspects de gestion. Imposer leurs choix dans la conception de l'UpM réduirait celle-ci et la transformerait en simple dialogue bilatéral franco-égyptien avec, en arrière-plan, l'Espagne, active en sous-main.

http://medafrique.info/news/show.php?id=935

La faute aux Européens et à eux seuls ?

F.Roberti - universitaire

Il est facile de renvoyer à l'UE, en général, et à Guaoino en particulier, la faute de ce qui produit le blocage ou le ralentissement du processus. L'Union pour la Méditerranée serait mal conçue, impraticable tant que l'UE n'aura pas avancé dans le traitement du dossier palestinien, tant qu'elle recherchera l'upgrading de ses relations avec Israël qui est, qu'on le veuille ou non, un partenaire fiable et efficace malgré sa politique sur le terrain. Contrairement, malheureusement, aux autres pays de la région. Je l'écris avec regret mais force est de reconnaitre cette tare profonde.

Les Arabes devraient commencer par balayer devant leur propre porte, leurs propres portes en réalité. Car il y a plusieurs. Ils ne se présentent jamais unis, ils sont en retard sur l'évolution du processus en général en maintenant entre eux une profonde médiance, en maintenant leurs échanges à de si bas niveaux, en tenant leurs frontières entre eux fermées.

Il y aurait tant dire sur le rôle de l'Europe, sur sa volonté mais les Arabes sont les plus mal placés pour lui faire la leçon. La sincérité de le plupart d'entre eux dans le traitement du dossier palestinien semble loin d'être acquise.

Secretariat: une idée absurde

Louis D.

Pour gérer l'UPM, la solution serait de créer un secrétariat placé loin du centre de décision européen ( Bruxelles).

Il sera confié à un secrétaire général de la rive sud, encore faut-il que la personnalité choisie soit significative et non un simple titulaire d'un poste politique sans consistancfe, sans réelle prise sur l'actualité. Un Maghrébin, tel l'un des trois ambassadeurs en poste à Bruxelles ou même des personnalités marquantes comme l'ancien ministre marocain, Hassan Abou Ayoub, le Tunisien, Tahar Sioud feraient mieux l'affaire. La liste n'est pas limitative. Pourvu qu'il/elle soit un bon gestionnaire technique ayant le sens politique.

Et puis, quel statut pour un tel secrétariat: politique, technique ? Reprendre la formule actuelle serait risquer d'emblée la paralysie.  L'idée d'un secrétariat basé à Bruxelles assisté d'un "coreper" composé de membres issus des ambassades auprès de l'UE ferait mieux l'affaire que ce qui ressort d'un "compromis politique" avec l'Espagne, l'Egypte et la Jordanie que le partage du gateau auquel on assiste.

Revenir à la cohérence

Bassem Triki

Si Henri Guaino pense réunir les ministres de l'UE et de la Méditerranée il lui faudra ne pas reproposer le même schéma. Des idées nouvelles sont nécessaires.

Car son diagnostic sur le processus de Barcelone n'est pas à rejeter, ce sont par cohtre ses initiatives pour l'Union pour la Méditerranée qui méritent d'être affinées.

Pourquoi, par exemple, ne pas garder la base commune mais encnlencher un dialogue pratique plus ciblé, entre l'UE et la Méditerranée occidentale, d'une part, et entre l'UE et la Méditerranée orientale de l'autre. Relier ses deux zones et avoir l'illusion qu'elles ont une identité commune est sans aucun doute un des facteurs de blocage. Pas seulement le conflit avec Israël. Maroc, Algérie et Tunisie ont des économies et des cultures administratives relativement proches. La cohérence voudrait que l'on prenne en compte une telle réalité.

La Faute à l'Iran ?

Alain S.

"à l'origine de l'échec de Barcelone et la paralysie actuelle on trouve les mêmes causes: le refus d'arriver à une paix durable au Moyen Orient.

Est-ce vraiment l'Iran qui en responsable comme tend à le dire M. Avigdor Libermann?

l'Upm ? Une bombe à fragmentation.

Halim Serradj

les géniteurs de l'UpM devraient se rendre compte qu'ils ont dégoupillé une bombe à fragmentation. Leur engin  ne fait que des dégats. S'en rendent ils seulement compte ?

Faisons un bref inventaire du réel: L'UpM  a liquidé l'acquis de Barcelone, elle a tétanisé la Commission,  démotivé les militants les plus fidèles,  laissé libre  cours aux égos maladifs  de présidences qui se verraient bien perpétuelles  et qui enchainent à tout va autoritarismes et coups bas.  Elle a répandu un désordre incroyable dans l'institutionnel, a placé sur une orbite politique et institutionnelle un Etat violemment  hors la loi, a repoussé toutes les limites géographiques héritées de Barcelone pour y receuilir les recalés de l'adhésion. L'argent va filer vers "l'oriental" pendant qu'on se gave de papiers projets, de feuilles de route, de plans d'action.

mais au moins il y a un acquis: on sait ce qu'on a perdu. Reste à espérer que dans ce champ de mines les gens du Sud en sortiront quand meme indemnes.

Zorro est arrivéééééé

Armand IMBERT

Le problème de Guaino comme de Sarkosy c'est de croire qu'avant lui il n'y avait pas d'avant.C'est le complexe de Zorro dans la chanson d'Henri Salvador:"Et alors ,et alors,....Zorro est arrivééé ...."
Ayant écrasé Barcelone de son souverain (ou souverainiste) mépris, pour autant qu'il l'ait lu, il s'abstient d'en tirer les leçons et butte sur les mêmes difficultés:la pollution du processus par le conflit israelo palestinien et l'absence de consensus au sein des Méditerranéens du Sud.
L'idée de rendre le processus plus paritaire est évidemment une bonne idée, auquel les "bureaucrates de Bruxelles" avaient évidemment pensé, sans trouver de solution. Les querelles autour du Secrétaire Général et l'accouchement d'un monstre bureaucratique avec cinq ou six secrétaires généraux adjoints (que les "bureaucrates de Bruxelles "n'auraient pas osé imaginé) sont un signe inquiétant de la difficulté de la parité.
Quant au conflit, c'est un peu la quadrature du cercle:on sait que ce n'est pas dans Euromed qu'on va le résoudre tout en sachant que sa non-solution paralyse le processus lorsqu'il devient plus aigu comme avec Gaza ou lorsque les dirigeants israeliens les plus rabiques sont au pouvoir.
Le volontarisme de M.Guaino à l'instar de celui de son patron risque d'être inopérant. Les invectives contre les responsables de l'échec de Barcelone (?) n'y changeront pas grand chose. pas plus qu'une politique essentiellement incantatoire.
Il reste ,dans la continuité de Barcelone, la stratégie des projets de coopération qui deviendrait le coeur du processus mais dont il faudra bien cependant s'interroger sur le financement.

Un combat long mais risqué !

Salem FOURATI

L'engagement passionné de M. Henri GUAINO pour le Projet de l'UPM est remarquable.La richesse des qualificatifs employés pour traduire et faire refléter ses convictions serait un signe de sincère ambition.

Je conviens avec M. Guaino que la politique des étapes pour la concrétisation de " l'UPM des Projets "est un combat continu,long et avec quelques risques,elle serait de ce fait inopérante pour construire un ensemble de paix,de stabilité et de Partenariat équitable multisectoriel.

Certes l'Union Européenne a fait l'expérience enrichissante de la politique des étapes mais ce 21ème Siècle me semble revêtir des caractères d'instabilité structurelle entre les peuples qui ne permettraient plus une telle performance.

Aussi et sans rejeter dans une certaine mesure l'approche des Projets dans l'hypothèse oü  les fonds nécessaires seraient disponibles, n'y aurait-il pas une impérieuse nécessité d'assainir l'aire géographique dans laquelle devrait s'opérer la gestation de l'UPM.? Trois préalables me semblent évidents:

+ La nécessité de règler les problèmes politiques de la Région et de faire respecter avec objectivité les droits et devoirs légitimes des peuples et Etats  méditerranéens et en premier lieu la question palestinienne et tout ce qui s'y rattache.Je ne crois pas que l'U.E a la capacité seule de mener ce combat et il va falloir sans hésitation se joindre - comme cela se fait- aux autres Puissances pour imposer- je dis bien imposer- des solutions respectueuses des aspirations des peuples de la Région de vivre en paix et de s'ouvrir avec leur spécificité sur leurs voisins proches ou lointains dans un esprit de profonde tolérance et de respect.

+Il me paraît ausi important de s'employer énergiquement et avec transparence à faire effacer les conséquences de la colonisation pour remplacer le reflexe ressenti du protecteur par celui du vrai partenaire et pour cela,il y a un grand travail à faire à tous les niveaux mais aussi un courage politique à engager pour prouver sa bonne foi et sa determination  de mener autrement les rapports avec les autres peuples. 

+En dernier lieu et je conviens avec M. Guaino - pour d'autres raisons- qu'il faudraît sortir le Projet de l'UPM des rouages bureaucratiques et technocratiques pour changer l'esprit de la démarche de Partenariat. Certes,il est nécessaire de disposer de structures  mais celles-ci devraient être paritaires et sans prétention politique hégémonique de n'importe quelle Partie.

A ma connaissance, je ne pense pas que les rédacteurs des différents documents élaborés pour organiser et structurer l'UPM aient abandonné les reflexes traditionnels de la coopération régionale ou internationale. Et pour ne citer qu'un seul constat,j'ai relevé que le Secrétaire Général prévu pour l'UPM ne dispose d'aucun droit d'initiative de quelque nature qu'il soit !  Est-ce un signal significatif pour gérer un projet aussi ambitieux  que celui de l'UPM !

Salem FOURATI 

aide-toi le ciel t'aidera

Brahim Hamdi, consultant

L'amour est aveugle: Henri Guaino le croit et le dit et insiste à le proclamer. Son amour pour la Méditerranée l'honore mais il ne doit pas l'empêcher de voir les vrais problèmes.

La Méditerranée a un triple problème: sa sécurité collective qu'elle partage avec l'Europe et les Balkans; Mais l'Europe ne la perçoit que comme une menace à contenir.Deuxème problème, son développement économique impossible à envisager tant que les pays de la rive sud se complaisent dans l'assistanat, non seulement dans leur quête d'argent frais mais pour envisager leur propre avenir; son troisème problème est un problème d'identité politique: arabe ? africaine ? méditerranéenne, Maghrébine ? du Mashraq, avec ou sans Israël ? Un des commentaires qui précèdent le rappelle: quels que soient les visions qui animent l'Europe - il faut les juger sur l'offre réelle de partenariat et non sur des slogans, comme ceux auxquels se livre M. Guaino. Mais la vraie faille est dans l'inconsistance de l'interlocuteur au Sud.

Tant que ces pays, ensemble ou séparément le Maghreb et la Méditerranée orientale, n'auront pas défini leurs propres projets politiques, économiques et sociétaux, tout projet - processus de Barcelone, UMA, Accord d'Agadir, zone arabe - demeureront des projets soutenus à bout de bras par le budget européen.

Aide toi, le ciel t'aidera, dit-on. Il faut se le répéter à chaque fois

L'Union pour la Méditerranée": un château fantôme

René Naba Journaliste écrivain

"L'Union pour la Méditerranée" est un château fantôme moins d'un an après son lancement. L'ambitieux projet diplomatique de la mandature présidentielle sarkozienne, lancée en grande fanfare en juillet 2008, a surtout permis à un etat (Israël) de détruire un autre état membre (Gaza-Palestine), sous le regard complice des deux coprésidents, le français Nicolas Sarkozy et l'Egyptien Hosni Moubarak.

Résultat d'autant plus piquant qu'Israël, à la demande insistante de la France, a été coopté membre du directoire de cette instance, sans doute à titre de gratitude pour sa persécution du peuple palestinien.

Merci Monsieur Guaino. Mais la décence commande à un ancien gaulliste social d'arrêter les frais. Comment sinon alors comprendre votre formule: "mener le combat jusqu'au bout".

Jusqu'au dernier palestinien ?..... jusqu'à la dernière parcelle palestinienne autonome ?

 

Lire sur renenaba.blog.fr:"L’Union pour la Méditerranée, un «ORNI» (objet remuant non identifié) ?

http://renenaba.blog.fr/2008/07/07/union-pour-la-maeacute-diterranaeacute-e-4413900/
 

Quel mépris pour les fonctionnaires européens

Pierre Leroy

Défendre l'Union pour la Méditerranée c'est bien mais s'en prendre aux fonctionnaires des institutions européennes et les présenter comme des esprits mesquins, des gens figés, retranchés dans leurs bunkers, c'e n'est pas acceptable.

Il ne faut pas oublier qui est Henri Guaino, un souverainiste pur jus. L'Europe communautaire lui est insupportable et tout ce qui viendrait de Bruxelles lui paraît à rejeter. Méfions nous de tels prophètes

l'impossible dialogue

Majed B.

Le plaidoyer de M. Guaino est convaincant mais la réalité sur le terrain est contraire. Et parmi ces réalités incontournables il y a, qu'on le veuille ou non, la question palestinienne.

Ce que fait Israël est à l'encontre, totalement, des principes du processus de Barcelone et de son héritière, l'Union pour la Méditerranée. Tant qu'il n'y aura pas de perspectives à ce sujet, tout espoir est vain. 

Ce n'est pas un argument de "chantage", mais comment accepter un processus dont une des finalités - les plus évidentes - est la normalisation des liens entre Israël et son environnement arabe, alors que ce même pays ne semble prêt à ne rien concéder.

Si l'élection de Netanyahu et de Liberman a été permis c'est parce que l'opinion israélienne est dans la même logique de refus. Impossible à faire valoir auprès des opinions arabes et de l'opinion palestinienne en particulier et ça serait chauffer la place pour Hamas;

 

L'Europe ou simplement la France

Hedi Malki

Lyrique, Henri Guaino pourrait emporter notre conviction mais son discours tiendra-t-il face à la réalité ? 

Il nous propose la France plutôt que l'Europe. Mais la France n'est malheureusement plus rien et son alignement sur l'OTAN lui a fait perdre sa singularité. Proposer d'en faire le pivot de l'UPM n'est-ce pas une chimère, comme vouloir bâtir sur du sable. Un sable qui file lentement entre les doigts. La France alignée ne peut plus jouer les intermédiaires utiles, pas même le rôle du courtier honnête.

Mais que représentre aussi l'Europe à laquelle on veut marier la Méditerranée ? Elle est crise, en proie au doute, tiraillée sur son flanc est, obnubilée par la menace potentielle de l'islam crainte face à celui extrême ou même à celui qui n'est que simple identité. Et puis mesurera-t-on le ravage subi par la poursuite du "double langage" face à la crise du Moyen Orient. Pour l'heure, l'UE risque de n'être plus l'interlocuteur nécessaire et les pays de la rive Sud sont encore loin de l'être.
 

Aurons-nous à constater un jour que "le combat cessa faute de combattant" ?

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