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Repenser l'Union pour la Méditerranée ?

Bruxelles (13/05/2009)

La publication dans notre rubrique 'L'Invité' d'un texte de Henri Guaino, Conseiller du président Sarkozy, en charge de l'Union pour la Méditerranée, a suscité de nombreuses réactions. Nous nous félicitons de cette initiative.

Telle quelle, cette profession de foi, ne pouvait ne pas susciter les commentaires, ne pas nourrir le débat. Le premier projet de l'Union pour la Méditerranée, présentée précisément comme une Union de projets, ne devrait-il pas être avant tout - pédagogiquement - d'ouvrir la voie à la confrontation des idées, des visions et des façons de faire pratiques et politiques. C'est aussi, rappelons-le, la vocation que nous avons l'ambition de faire valoir et promouvoir par le biais de MedAfrique.

L'occasion nous est donnée de relancer notre appel aux idées, aux thèses et aux commentaires. Nos pages sont ouvertes à tous ceux que passionne le sujet - qu'ils soient pour ou contre le projet d'UpM, pour ou contre le processus de Barcelone, pour ou contre l'Union européenne.



M. Guaino a le double mérite de plaider avec un accent fort, inhabituel chez un homme politique, pour son engagement pour la Méditerranée et celui de dire franchement sa pensée.

Force est de reconnaître la sympathie qu'inspire cet engagement personnel pour cette région dans laquelle, le dira-t-on assez, se décidera la paix ou la guerre dans le monde.

Lieu de toutes les confrontations, positives ou négatives, la région euroméditerranéenne mérite, dans la conception de son avenir, plus que de simples calculs budgétaires ou de plans de communication pour le déploiement d'ambitions limitées par l'horizon quinquennal d'une carrière politique personnelle à la Commission européenne, au Parlement ou en tant que co-président. Le gain dérisoire d'un poste ou du siège d'une structure commune ne peut nourrir l'ambition pour la Méditerranée.

La foi ne peut cependant suffire. La première série de commentaires qui nous est parvenue indique que les avis demeurent largement partagés.  Ils mettent en lumière une inquiétude générale, sourde, nourrie par la confusion ambiante et aggravée par les suites de l'invasion de Gaza fin 2008. Celle-ci a produit l'effet de la dernière goutte pouvant faire déborder le vase.

L'Union européenne ne peut plus, comme avant, se flatter de réunir en un même lieu les Israéliens et leurs voisins arabes, sans s'engager plus avant dans l'amorce d'un règlement, sans préjugés ni parti pris. Nettement, ses partenaires de la rive sud perçoivent son attitude comme un "double jeu" décrié y compris au sein du Parlement européen.

La faute à la seule Europe ?

Les doutes sur la validité du projet d'Union pour la Méditerranée vont plus loin que ce qui résulte des conflits et des problèmes actuels. C'est l'aptitude des partenaires à s'y impliquer qui est directement en cause. Un des commentateurs a clairement posé la question: la faute ne reviendrait-elle qu'à l'Europe ?

Force est de convenir que la plupart, sinon la totalité des pays de la rive sud, ne jouent pas pleinement leur rôle ou, peut-être, ne perçoivent pas bien leur intérêt, leurs intérêts en fait car ils sont aussi divers que variés, parfois même contradictoires. A ce jour, peut-on aisément le constater, aucune initiative n'est venue du Sud, les pays se bornant, presque tous, à seulement réagir aux idées venues du Nord.

Une main seule ne peut applaudir, affirme le dicton populaire.

La relance de l'Union pour la Méditerranée ne se fera que grâce à la participation de tous. Les co-présidences devraient limiter leurs rôles et leurs prérogatives aux seuls aspects de gestion. Imposer leurs choix dans la conception de l'UpM réduirait celle-ci et la transformerait en simple dialogue bilatéral franco-égyptien avec, en arrière-plan, l'Espagne, active en sous-main.

Ce pays parait plus soucieux d'avantages ponctuels que de rechercher un surcroit d'efficacité et de contribuer à former les conditions d'une relance durable. Il serait sans doute plus important, et plus urgent, pour l'Espagne, de s'attaquer à ce qui suscite les blocages, les méfiances et les doutes actuels que de se préoccuper de la date de démarrage des travaux du secrétariat.

Acteur important de la région, ce pays donne parfois l'impression d'être prêt à lâcher la proie pour l'ombre, à concéder son mandat de co-président (au premier semestre 2010) pour le maintien du nom de la capitale catalane accolé au processus EuroMed. Il est vital que l'UpM ne soit pas perçue comme un projet purement français.

Dans l'ensemble, une demande générale de clarification transparait des messages qui nous sont envoyés et qui, à notre avis, sont directement adressés à M. Guaino comme à la Commission européenne.

Paris comme Le Caire et Bruxelles ne devraient-ils pas être incités à repenser le projet, à l'affiner et, si besoin en est, à en corriger les éléments les plus discutés.

Les décisions du "sommet" de Paris du 13 juillet comme celles de la conférence ministérielle de Marseille ne sont pas gravées dans le marbre, elles ne sont ni paroles d'Evangile ni des pages du Coran. Elles peuvent - et doivent - être revues si, à ce prix, le débat s'en trouvait clarifié.

La Palestine plus le développement par l'intégration

Première révision, de notre point de vue, et c'est aussi celui de nombre de nos éminents interlocuteurs du Nord comme du Sud: l'approche qui serait à repenser comme le suggère l'analyse des blocages actuels.

Tout en maintenant un cadre général, il faudra peut-être orienter les mises en oeuvre pratiques vers les sous-régions, la Méditerranée Orientale et l'Occidentale, chacune assumant ses handicaps spécifiques.

L'option serait, en pensant à l'histoire de la Communauté européenne, d'une mise en commun de ce qui enrichit et non de ce qui divise. Le partage devrait, en l'état, couvrir les visions stratégiques, les idées, la richesse du terreau inexploité du monde des entreprises, des universités.. et non les problèmes. Chaque sous-région a les siens et les handicaps des uns ne devraient pas ralentir les efforts des autres. .

La question palestinienne est un sujet de grande importance, le développement économique et social dans chacun des pays l'est aussi. Les rendez-vous avec l'opinion ne seront pas ratés sans conséquences.

Le Maghreb a potentiellement des chances qui ne devraient pas être occultées par le difficile dialogue politique qui caractérise la Méditerranée Orientale, laquelle a d'abord besoin de paix pour pouvoir envisager sereinement un avenir fait d'échanges et de pratiques de bon voisinage. Il ne s'agit pas pour les Maghrébins de délaisser la solidarité avec les Palestiniens et ils ne sont pas les derniers à prouver la solidité de leur engagement, d'autant qu'ils n'ont, collectivement ou individuellement, aucune vélleité à être des acteurs directs du dossier, ni d'être tuteurs des Palestiniens

L'équation est différente pour chacune des sous-régions. Il en résulte des calendriers décalés. Pour la Méditerranée Orientale, l'exigence est celle de la paix avant les tâches du développement; pour l'Ouest de la Méditerranéenne, c'est l'une en plus de l'autre, simultanément.

Cathédrales sans foi 

Deuxième remise en cause nécessaire: la structuration du dialogue. Dans le schéma actuel, les concepteurs de l'UpM sont en train d'ériger une "cathédrale" à l'image de la Sagrada Familia de Barcelone, aux structures tortueuses et inachevées mais sans la foi nécessaire et les croyants paraissent se dérober car peu convaincus.

Il faudrait simplifier et abandonner l'idée absurde d'un secrétariat, inutile et source de tiraillements et de marchandages dans la gestion du processus. La formule choisie ressemble trop à un pur partage des postes pour qu'elle soit prise au sérieux et être considérée comme un gage d'efficacité et de cohérence.

L'Algérie a eu raison de rappeler que la décision prise à Paris et à Marseille était de créer un organisme technique, léger, et non une entité politique à la structuration complexe, avec six secrétaires généraux adjoints politiquement désignés.

Le choix fait est incontestablement en contradiction avec la décision de faire de l'UpM une "Union de projets". M. Guaino serait avisé de dénoncer en cela le risque de bureaucratisation qu'il perçoit aisément ailleurs.

Un autre risque existe mais qui n'est pas relevé, celui de voir que les pays européens auxquels est concédé une fonction d'adjoint sont tous riverains de la Méditerranée. A terme, les pays du Nord, en particulier l'Allemagne, pourraient "gripper" la machine s'il leur prenait envie de se rappeler que cette répartition est en contradiction avec les décisions du Conseil européen de mars 2008 qui ouvrait la voie à la paticipation des 27 membres de l'UE.

Telle quelle la structure se trouvera vite embourbée dans les méandres du dossier israélo-palestinien et est déjà condamnée à la passivilité qui résulterait de l'exercice d'équilibrisme sans intérêt auquel seraient astreints les pays.

L'Espagne pousse à la roue afin de garder le siège à Barcelone comme si le problème numéro un du dialogue EuroMed était la localisation de sa structure de gestion. Madrid devrait avoir d'autres ambitions pour la Méditerranée, plutôt que de rechercher de tels petits gains politiques.

La création d'un "Coreper" - du nom du comité regroupant les ambassadeurs européens auprès de l'UE- composé de "correspondants" des pays membres implantés au sein des ambassades à Bruxelles, associé aux services de la Commission, du Conseil et de la BEI, devrait suffire pour donner une impulsion au processus .

Encore une fois, nous affirmons notre foi dans le débat et les échanges. Nous vous invitons tous, nos lecteurs, à vous joindre à nous et à dire votre avis. Les pages de MedAfrique vous sont ouvertes.

Fathi B'CHIR



 

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